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Triangle Perpignan-Strasbourg-Brest
14-28 juin 2005
Fiche technique
Participants et matériel
Robert Isoard, 63 ans, CC Gap
Randonneuse légère Follis, roues 700x23, plateaux 50-40-30, pignons 12-13-14-15-16-18-20-22-25
1 sacoche de guidon ,1 sacoche fixée à la selle, 1 sac à dos
Tréguer Jean Jacques, 62 ans, CC Gap
Randonneuse Bouquet, roues 700x23, plateaux 52-42-28, pignons 14-16-18-21-24-28
1 sacoche de guidon, 1 sacoche sur porte bagage arrière
Kilométrage
Perpignan- Strasbourg : 971 Km en 3 étapes (4 prèvues à l’origine)
Strasbourg- Brest : 1091 Km en 4 étapes
Brest- Perpignan : 971 Km en 4 étapes
Total : 3133 Km en 11 étapes soit une moyenne de 284,5 Km
Conditions météorologiques :
Temps caniculaire hormis 2 matinées en Bretagne et la dernière étape.
Incidents :
1 chute
3 crevaisons liées à la médiocre qualité des pneus (Michelin Erilium)
Nuits
Sur les 9 nuits du parcours :
7 à l’hôtel, ,1 à la belle étoile, 1 sur le vélo (choix délibéré car il y avait de la marge pour dormir)
Avant- propos
Lors d’une rencontre régionale organisée par ses soins à Montpellier, Jean Pierre Ratabouille nous avait fait part de la félicité qui avait été la sienne à l’issue d’un triangle.
Dans la perspective encore éloignée d’un 2ème cycle pour Robert et d’un 1er pour moi nous avons souhaité, nous aussi, y goûter.
Au jeu d’échecs, une autre passion, trianguler est une manœuvre fort subtile qui consiste à revenir, après quelques coups, à la position de départ mais en ayant cédé le droit de jouer à son adversaire.
On peut trouver une analogie avec le diagonaliste qui triangule pour, après plusieurs étapes, revenir également à sa case de départ.
Dans la même veine on pourrait ajouter que dans ce jeu seul les fous évoluent en diagonale, atténuons toutefois la férocité sous jacente du propos en précisant que leur équivalent anglais se nomme « bishop » qui se traduit par « évêque».
Ne concluons pas pour autant que les évêques, pas plus que les diagonalistes d’ailleurs, sont tous des fous.
Au fil de la route
Perpignan-Strasbourg
Etape 1, mardi 14 juin, 05h00-19h30, 288 Km
Perpignan, Narbonne, Béziers, Pézenas, Gignac, Saint Martin de Londres, Quissac, Uzès, Bagnols sur Cèze, Pont Saint Esprit.
Ciel dégagé après les averses orageuses de la nuit, vent faible, c’est sous d’excellentes conditions que nous abordons ce premier côté du triangle.
Patatras, à peine 2 à 3 Km d’effectués, voilà qu’à la sortie du passage à gué menant sur Pia, Robert signale une crevaison à sa roue arrière pourtant équipée d’un pneu tout neuf.
Je glisse la carte postale de contrôle dans la boite aux lettres de Rivesaltes et nous filons sur la RN 9,
direction Narbonne.
Nous roulons bon train et atteignons la cité narbonnaise avec un peu d’avance sur le prévisionnel, toujours une bonne chose pour le moral.
A la sortie de Béziers un automobiliste nous double et nous interpelle.Il s’agit de Jean Pierre Ratabouille, qui, à notre allure, a deviné en nous des diagonalistes. On se donne rendez-vous sur la place Molière de Pézenas où nous devons satisfaire à un contrôle.
Jean Pierre vient de boucler son 2ème cycle de diagonales et n’envisage pas d’en retâter. En nous voyant repartir, selon ses dires, « frais comme des gardons » j’ai, toutefois, eu le sentiment qu’il nous enviait un peu et que sa décision ne serait pas définitive.
Notre itinéraire s’inscrit maintenant dans la vallée de l’Hérault. A la sortie de Gignac, route barrée pour travaux et déviation, on se renseigne à la boulangerie. La jeune et bien sur accorte patronne impressionnée par notre périple fait sortir les mitrons du fournil afin qu’ils puissent, de visu, contempler les deux forçats de la route lancés vers Strasbourg.
Nous évoquons Victor Sieso, éminent diagonaliste, en traversant sa commune d’Aniane. Dans les rampes qui succèdent les premiers chants de cigales annoncent une chaude journée.
Avant d’aborder le Pic Saint Loup nous observons une petite pause rafraîchissement sous les ombrages de Saint Martin de Londres.
« Brestalou », ainsi se nomme le ruisseau séparant les départements de l’Hérault et du Gard. Sa première syllabe me fait de suite « voyager » à Brest. Coïncidence, voici peu après un enfant de la région brestoise venant à notre rencontre. Il s’agit de Christian Cariou, un mien cousin désormais installé près d’Alès.Tombé dans la potion diagonaliste dès sa plus tendre jeunesse, il envisage après une longue interruption, de reprendre du service.Nous accomplirons le reste de l’étape en sa compagnie.
Le contrôle de Moussac se gagne au terme d’un violent coup de cul qui nous propulse au seul bar du bled.
Sur Uzès le ciel s’assombrit de plus en plus, l’orage menace. Nous en essuierons, fort heureusement, que la queue, avant Bagnols sur Cèze.
Pont Saint Esprit, terme de l’étape, est atteint à 19h30 avec plus d’1h30 d’avance sur le tableau de marche. Christian nous suggère de « pousser » gentiment une heure de plus. Un bon conseil au regard du déroulement de la suite mais nous en restons là.
Un excellent et copieux dîner pris ensemble conclue une journée en tous points exemplaire.
Etape 2, mercredi 15 juin, 04h30-20h20, 273 Km
Pont Saint Esprit, Le Teil, Tournon sur Rhône, Condrieu, Vienne, Loyettes, Lagnieu, Neuville sur Ain, Villereversure gare.
Petit déjeuner sommaire sous forme de Nescafé soluble dans l’eau chaude du robinet et de petits Lu.
De suite la présence d’un léger vent du nord laisse présager une étape délicate. La remontée du couloir rhodanien particulièrement fastidieuse va le confirmer, à aucun moment nous n’arriverons à « embrayer ».
Peu après Bourg Saint Andéol des sangliers surgissent d’un champ de maïs où ils se sont goinfrés, et traversent la route.
Au contrôle du Teil, à notre tour de nous remplir la panse avec un robuste petit déjeuner. La nourriture reste la préoccupation basique de l’espèce vivante.
12h40 Contrôle à Condrieu et rapide pique nique.J’en profite pour contacter l’hôtel prévu pour ce soir à Saint Julien sur Suran.On m’informe que le service est à 19h30 et qu’après 21h00. On ne reçoit plus. Avec les 140 bornes restant à accomplir ce n’est pas gagné.
Le Rhône franchi, faute de trouver une autre possibilité, nous entrons dans Vienne par une section interdite aux vélos.
Je conserve un mauvais souvenir de la traversée de la ville, chaleur, trafic, travaux, chaussées délabrées, cafouillage pour en trouver la sortie.
Nous entrons dans une phase de grignotage des kilomètres, un seul objectif progresser sans penser plus avant.
Nouveau franchissement du Rhône à Loyette, charmante localité martyrisée par le trafic routier. Dans un « point chaud » où l’on vend également du frais, on ingère quelques munitions arrosées d’1,5 litre de coca cola.
Tiens la centrale atomique du Bugey ! Si celle de Cruas ce matin était prévue, celle-ci par contre ne l’était pas. A l’aide de la carte nous corrigeons l’erreur de navigation par un itinéraire bis, pas trop coûteux en distance.
Après le pointage de Neuville sur Ain une rude montée fait passer de la vallée de l’Ain à celle du Suran.
Ayant fait notre deuil de l’hôtel de Saint Julien nous confions la recherche du gîte et du couvert à la divine providence.
Dans un talus, un panneau quelque peu défraîchi annonce un « routier » à Villereversure–gare.
Pas de chance c’est le jour de fermeture hebdomadaire, toutefois dans la cour ça s’active autour d’un barbecue. Robert va aux nouvelles et négocie une chambre. Nous sommes également conviés à partager les grillades avec les pensionnaires, des ouvriers portugais d’un chantier voisin.
Etape 3, jeudi 16 et vendredi 17 juin, 04h30-06h00, 410 Km
Villereversure gare, Lons le Saunier, Champagnole, Pontarlier, Morteau, Maiche, Audincourt, Delle, Dannemarie, Ensisheim, Neuf-Brisach, Marckolsheim, Strasbourg
Au petit déjeuner pris à Lons le Saunier à 07h40 nous accusons 2 heures de retard sur le tableau de marche. Ce retard continuera de prospérer pour atteindre les 4 heures au contrôle de Maiche.
Nous apprendrons plus tard avoir, pour cette raison, raté la rencontre avec Frederik Alberda.
Pourtant ce matin la forme est bonne et rouler dans la verdure et la fraîcheur jurassiennes demeure un régal.
Reste le relief que, notamment entre Lons le Saunier et Pontarlier, l’on qualifiera d’exigeant.
Rechargés en calories au Mac Do de Pontarlier nous allons désormais suivre jusqu’à Dannemarie un itinéraire découvert lors d’un Tour de France randonneur.
Alors que jusque là on « ramait » la rapide descente de Maiche sur Saint Hippolyte nous relance totalement au point qu’à Dannemarie atteinte à 20h40 le retard a diminué d’une heure.
Il nous reste 132 Km à accomplir avec un délai s’achevant à 11h00 le lendemain.
Nous décidons de bien nous restaurer dans une pizzeria et d’embrayer jusqu’à Strasbourg.
Choix stratégique effectué en dépit du mauvais souvenir laissé par une démarche similaire l’an dernier lors d’un Menton- Hendaye où nous avions galéré dans le final faute d’avoir dormi un peu alors que nous avions de la marge.
A 22h15, en configuration nuit, nous reprenons une route désespérément plate, pas la moindre descente pour soulager un fessier endommagé et des pieds douloureux.
Le pointage d’Ensisheim s’effectue par carte postale, l’horloge publique affiche 00h15.
La remontée de la plaine d’Alsace à partir de Neuf- Brisach avec une chaussée fort rugueuse parait d’autant plus interminable que nous manquons de « gaz » et que le besoin de sommeil s’installe.
A Bouzheim il nous faut marauder on bon quart d’heure dans le bourg pour découvrir la boite aux lettres où déposer notre carte de contrôle.
Au petit matin nous entrons enfin dans Strasbourg encore déserte par le quartier de la Meineau.
Il est 06h00 quant la jeune et avenante policière valide nos carnets.
En attendant de récupérer notre chambre d’hôtel, pas disponible avant 11h00, nous piquons un roupillon sur les bancs publics au bord de l’Ill.
La soirée, après une sieste réparatrice, s’achèvera devant une choucroute bien arrosée.
Strasbourg- Brest
Etape 1, dimanche 19 juin, 05h00-20h 00,290 Km
Strasbourg- Mutzig- Schirmeck- Raon l’Etape- Baccarat- Bayon- Vézelise- Gondrecourt le Château- Joinville- Brienne le Château
Remis en condition après quasiment deux jours de repos nous reprenons le chemin du commissariat de police.
Le coup de tampon nous libère à 05h00.
Quelques belles de nuit achèvent leur vacation alors que nous entamons la notre.
De suite j’apprécie le confort procuré par le couvre selle en gel acheté chez Charly Grosskost. Je me féliciterai de cet investissement jusqu’à la fin de notre aventure.
En avant la Mutzig ! Une diagonale ce n’est pas de la petite bière, dépôt de la carte contrôle.
A Schirmeck nous abandonnons la vallée de la Bruche pour attaquer le col du Donon déjà escaladé en 2001
La montée régulière fait monter la température corporelle que la très longue descente sur Raon l’Etape se chargera ensuite de faire baisser.
A Raon, Francine et Alain, Schauber, en tandem, nous attendent en compagnie de Guy Leduc.Celui ci est, comme nous, lancé sur Strasbourg- Brest premier côté d’un triangle. Nous roulons de concert tout en devisant de choses et d’autres.
Dans un passage sous une voie express Robert, placé dans la roue du tandem, ne voit pas la bordure du trottoir et se paie une spectaculaire cabriole.
De suite on fait l’état des lieux, le côté gauche a souffert avec des ecchymoses au niveau du genou, du haut de la cuisse et du coude. Mais c’est l’épaule, qui a également dégusté, qui causera le plus de soucis les jours suivants. En ce qui concerne le destrier pas de bobo apparent.Le temps de tout remettre en ordre et l’homme étant particulièrement solide nous reprenons la route.
Peu après le peloton s’étoffe de deux unités avec l’apport de Marie Meyer et Jean Marie Maillard.
En cette matinée dominicale nous apprécions le plaisir simple et vivifiant de pédaler allégrement à travers le pays lorrain.Bayon atteint à 11h30 représente un point de contrôle.
Guy Leduc poursuit sa route.
Jean Marie et Marie nous quittent pour rejoindre leur domicile en nous laissant en souvenir des sachets de véritables bergamotes de Nancy.
Avec Francine et Alain nous pique niquons au bord du petit bassin agrémentant la place du village.
Après les avoir remercié pour leur soutien nous reprenons le fil de notre itinéraire.
Toujours sous la chaleur mais à train correct nous additionnons les kilomètres.
Arrêt à Joinville au bord de la Marne, à la fois pour satisfaire le contrôle et irriguer les gosiers, des panneaux signalent le prochain passage du Tour de France.
Quelques rampes encore et les platitudes auboises apparaissent
L’hôtel retenu à Brienne le Château se situe en réalité à la Rothière, 5Km au sud, d’où un petit crochet d’un coût de 10 Km.
Etablissement de bon aloi et escale réparatrice dans un secteur où le séjour de Napoléon constitue un fort argument touristique.
Lundi 20 juin, 05h00-20h20, 265 Km
Brienne le Château, Arcis sur Aube, Méry sur Seine, Montereau Fault Yonne, Fontainebleau, Etampes, Chartres
Ce matin notre route épouse d’abord la vallée de l’Aube puis ensuite celle de la Seine à partir de Méry sur Seine.
Hors quelques oasis de verdure inhérents aux rivières on ne peut pas dire que le paysage soulève l’enthousiasme à moins, avec un puissant effort d’imagination, de considérer les gigantesques silos comme des pyramides des temps modernes.
Un trafic fort dense rend le tronçon de N19 de Méry à Nogent Sur Seine infernal, par bonheur çà se calme un peu quand nous bifurquons sur la D951 vers Montereau.
Soudain un bruit de pétard de 14 juillet, la roue arrière de Robert vient d’éclater.
Le pneu,Erilium Michelin, neuf au départ est dans un état pitoyable,a croire que c’est une vieille enveloppe qui aurait été montée.
L’Hutchinson de secours prend du service.
Lestés des provisions effectuées au Champion de Montereau nous nous extrayons par une forte rampe du magma circulatoire pour casser la croûte sous les frondaisons du bois de Valence.
La canicule laisse présager un difficile après-midi, il le sera.
Une halte à Fontainebleau permet de recueillir un coup de tampon et de refaire les niveaux avant d’entamer la traversée de la forêt.
Notre énergie s’étiolant les vallonnements précédant Etampes prennent une dimension insoupçonnée.
Nouvel arrêt carburant dans une station d’Etampes d’où nous prenons la direction « Chartres-Rambouillet » affichée sur le panneau indicateur.
Dans les espaces beaucerons un vent pervers joue les limitateurs de vitesse ,20km/h maximum.
Au bout d’une heure ayant plein les godasses on s’assoit dans un fossé de la Garancière en Beauce pour, selon l’expression de Robert, « manger un bout ».
Quelques hectomètres plus loin, au franchissement de l’autoroute je m’aperçois que la direction Chartres n’est plus indiquée, seule subsiste celle de Rambouillet.Bizarre.
L’examen de la carte résout l’énigme.Comme des bleus nous n’avons pas vérifié le numéro de la route à la sortie d’Etampes et avons aveuglément suivi la route préconisée aux voitures.
L’itinéraire de rattrapage se solde par un rabiot de 10 bornes.
Quelques tergiversations dans les ZAC de Chartres et nous mettons enfin sacoches à terre devant l’hôtel Marmotte. Il est 20h20.
Repas sur place et dodo en compagnie de nos vélos remisés dans la chambre.
Etape3, mardi 21 juin, 04h00-20h45, 271 Km.
Chartres, Nogent le Rotrou, Bellême, Mamers, Fresnay sur Sarthe, Villaines la Juhel, Gorron, Fougères, Sens de Bretagne, Vieux Vy sur Couesnon.
Lancés sur la rocade à 4 voies nous en sortons par la RN 23 au lieu de la D921 prévue mais que nous n’avons pas repérée.
Nous la conservons pour gagner Nogent le Rotrou siège de notre petit déjeuner.
La route de Bellême s’enfonce franchement dans les rudes pentes des collines du Perche, les camions fort nombreux nous obligent à rouler en lisière du bitume.
A partir de Mamers l’itinéraire suit les traces du Paris-Brest, faisant remonter en notre mémoire souvenirs et sensations.
Pointage à Fresnay sur Sarthe, nous sommes encore dans les prévisions horaires.
La chaleur et le relief poursuivent toutefois leur long et patient travail d’usure.
A Villaines la Juhel nous nous payons le restaurant. Bonne table, service rapide, on embrayerait bien sur une bonne sieste.
Comme souvent l’après-midi nous verra peu à peu accumuler du retard.
Nous faisons le plein à la station service Total de Gorron dotée d’une boutique avec boissons fraîches.
De plus en plus nous délaissons les bars aux tarifs prohibitifs au profit d’épiceries, boulangeries, « points chauds » etc. où l’on trouve à se désaltérer à un coût moindre.
Dans Fougères, Robert repère les cycles Chan-Sin Il y fait l’emplette de chambres à air et d’un pneu de secours « Méganium » Michelin. On en profite également pour pointer les carnets.
Il est 19h et le terme de l’étape, Tinténiac, parait encore bien loin.Nous décidons de rouler jusqu’à Sens de Bretagne où nous aviserons sur place.
Sur place la seule ressource hôtelière observe sa fermeture hebdomadaire.
Ici la Providence, en la personne de la factrice, mais cela on le saura plus tard, vint une nouvelle fois à notre secours.
L’informant de notre problème alors qu’elle regagnait son domicile en voiture avec son petit elle nous dit d’attendre, le temps de passer chez elle. Quelques minutes plus tard elle revient. Elle nous a dégotté le gîte et le couvert à Vieux Vy sur Couesnon, une localité que nous avons traversée il y a 5 Km, mais en la circonstance une telle facture kilométrique passe au second plan. Vive le service public !
Etape 4, mercredi 23 juin, 04h00-19h55, 265 Km
Vieux Vy sur Couesnon, Tinténiac, Quédillac, Collinée, Montcontour, Corlay, Carhaix, Huelgoat, Sizun, Loperhet, Brest
Ce matin changement de décors, un brouillard épais et froid nous contraint à sortir des équipements délaissés depuis le départ.
Particulièrement tenace il se dissipera vers 8 heures à l’approche de Collinée, après 90 Km de route.
Les estomacs qui criaient famine trouvent enfin matière à se satisfaire au travers d’un solide petit déjeuner.
J’alerte mon frère Daniel à Loperhet afin qu’il nous apporte le ravitaillement lors de notre passage à Carhaix.
Sous le soleil à nouveau présent nous traversons le centre Bretagne.
Avec une bonne demi heure de retard nous entrons dans la capitale du Poher. Comme convenu Daniel nous y attend. Au bar « le Terminus » le patron qui « respecte tout le monde mais encore plus les sportifs » nous offre le café.
A nouveau en selle à14h40 nous avons jusqu’à 21 heures pour arriver à Brest.
Nous optons pour la variante Huelgoat certes un peu plus longue que la route directe mais plus souple et plus tranquille.
A la sortie d’une section en cours de goudronnage nous avons la désagréable surprise de voir nos pneus s’enrober d’une gangue de gravillons. Cà frotte de partout. Il nous faudra 20 minutes, couteau en main, pour en venir à bout !
En résulte une poussée d’adrénaline qui nous fait descendre le Roc Trévézel la poignée en coin pour reprendre l’expression des motards.
La dernière carte postale déposée à Sizun nous retrouvons mon frère cette fois ci sur son vélo.
Une ultime tournée au bar du Queff et après Loperhet nous gagnons Brest par le pont Albert Louppe interdit aux voitures et le port de commerce, un itinéraire à mon sens plus aisé et plus tranquille que celui transitant par Landerneau et Guipavas.
A 19h55 nous nous présentons au commissariat de police où nous apprenons que Yves Leduc est passé à 17h30.
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Vallée de la Bruche de bon matin
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Escale à Bayon devant la pâtisserie
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L'abreuvoir de Gondrecourt
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Le château de Fougères
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Le casse croûte de Carhaix
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Sur le pont de Plougastel
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Brest-Perpignan
Etape 1, samedi 25 juin 04h00-20h20, 308 Km
Brest Loperhet, le Faou, Pleyben, Gourin, Guémené sur Scorff, Pluméliau, Malestroit, Redon, Blain,
Carquefou
Après deux jours de repos réparateur dans la famille, la route reprend ses droits.
Au départ nous saluons un diagonaliste en partance pour Menton. Il quitte Brest par l’option nord, celle de Landerneau Sizun, alors que pour notre part nous allons emprunter l’ancienne route de Quimper.
La carte postale de départ est déposée à Loperhet ma commune natale. L’itinéraire que j’ai concocté, présente une première centaine de kilomètres physiques, suivent ensuite de belles séquences roulantes.
Le plafond nuageux génère une fraîcheur favorisant la carburation.
De nombreuses voitures garnies de vélos nous dépassent, elles se dirigent sur Callac où 6.000 participants sont attendus pour la cyclosportive « Pierre le Bigault »
A plusieurs reprises nous traverserons des communes pavoisées pour l’évènement.
A Chateauneuf du Faou nous faisons connaissance avec le canal de Nantes à Brest avant d’attaquer le franchissement des Montagnes Noires.Celui s’effectue au col de Toullaêron l’un des trois cols du Finistère, les deux autres étant ceux de Trédudon et du Menez Hom
Les grosses difficultés sont désormais derrière nous et sous un ciel toujours gris nous progressons bien. Nous déjeunons sur les bancs au pied de l’église de Pluméliau, les cloches sonnent à toute volée pour un baptême.Au bar d’en face nous prenons deux grands cafés et recueillons le coup de tampon.
A l’énoncé du prix des cafés, Robert reste interdit au point que le patron s’en inquiète. C’est moitié prix des tarifs habituels !
La vallée de l’Oust sert de guide au canal de Nantes à Brest et nous mène à Malestroit, petite cité de caractère.
Le soleil réapparaît et la chaleur se fait de plus en plus prégnante
Bref arrêt dont je profite pour me masser des arpions douloureux, un de mes points faibles.
Halte bar à Redon, pause boulangerie et contrôle à Blain, néanmoins entre temps çà roule.
19h50, nous atteignons Carquefou croyant en avoir terminé.Que nenni ! Il faudra batailler près de 40 minutes pour trouver l’hôtel Marmotte dans le labyrinthe des ZAC. Enervant.
D’un prix raisonnable les hôtels de cette chaîne servent les repas jusqu’à 22h00. Leur handicap réside dans la difficulté à les localiser dans les zones d’activités, facile en voiture, pas toujours évident en vélo.
Etape2, dimanche 26 juin, 04h30-23h30, 284 Km
Carquefou, Vallet, Clisson, Les Herbiers, La Châtaigneraie, Niort, Chef Boutonne, Aigre, Angoulême, la Roche Beaucourt Argentine
Par le pont de Thouaré nous entrons dans le pays du muscadet. Sur notre flanc ouest l’orage gronde au dessus de Nantes.
Des jeunes achevant leur nuit devant la salle des fêtes du Loroux Bottereaux et quelque peu imprégnés se mettent à gesticuler à notre passage.
Après Clisson dite « l’italienne » en raison de son architecture nous pénétrons en Vendée qui cette année accueille le départ de la Grande Boucle.
Nombre de bourgs arborent des décorations en l’honneur de l’évènement.
Notre cadence, se ressentant de l’absence de petit déjeuner, manque de tonicité.
Déception aux Herbiers, pas de troquet ouvert donc pas de café. Nous associons nos croissants à l’eau fraîche, pas terrible.
A la Chateigneraie, patrie de Jean René Bernaudeau, nous trouvons enfin le breuvage tant espéré.
Il est quasiment 10h00.
De suite on en ressent les effets sur l’agréable route menant à Coulonge
Peu à peu les talus disparaissent au profit de grands espaces cultivés.
A Niort écrasée sous la canicule peu de restaurants ouverts, c’est dimanche, nous jetons notre dévolu sur un kebab semi ambulant « Chez mon ami Hasan » stationné devant un complexe cinématographique et disposant de tables sous de grands arbres.Ignorants de l’actualité nous apprenons qu’aujourd’hui on fête le 7ème art.
Le service d’Hasan se caractérise par une grande célérité Le plat est copieux et pas cher, de plus il y a un tampon pour le contrôle.
La chaleur nous plombe et sur un terrain pourtant dépourvu de toute difficulté nous peinons.
A Chef Boutonne, pays du fromage de chèvre, c’est la fête au village.Nous en profitons pour nous désaltérer en abondance.
Plein sud désormais notre progression demeure toujours aussi laborieuse.
Parvenus à Angoulême je m’inquiète de l’hôtel prévu à Roche Beaucourt, pas de réponse au téléphone.
Changement de stratégie : dîner à Angoulême et poursuite de la route jusqu’au terme de l’étape quitte à dormir à la belle étoile.
C’est à ce genre d’initiative prise dans l’adversité que l’on reconnaît les grands capitaines.
Le parc de Rochebeaucourt, atteint à 23h30, se révèle accueillant avec des sanitaires impeccables et des bancs en béton suffisamment larges pour qu’on puisse s’y allonger.
Etape 3, lundi 27 juin, 03h30-19h00, 214km
La Roche Beaucourt Argentine, Riberac, Mussidan, Bergerac, Villeréal, Montflanquin, Fumel, Tournon d’Agenais, Lauzerte, Lafrançaise, Montauban
Départ à la fraîche et en dépit d’une nuit caractérisée par un sommeil en pointillé la pédalée s’avère relativement incisive.
Dans Ribérac une déflagration déchire le silence matinal, ma roue arrière vient d’éclater, l’Erilium a rendu l’âme.Le Méganium fougerais prend le relais
A Mussidan, situé au bord de l’Isle, nous prenons le petit déjeuner avant de poursuivre sur Bergerac où nous pointons à peu près dans les temps.
Par un pont enjambant la Dordogne nous sortons de la ville par une sévère montée agrémentée d’un bon vent de face.Ici commence un long et pénible cheminement qui ne s’achèvera qu’au terme de la journée.
Les serres du Quercy, selon l’expression de G Jaccon, aux rudes reliefs alliés à la canicule vont laminer nos forces.
L’excellent repas pris sur les hauteurs de Montflanquin, dans un restaurant avec vue imprenable, ainsi que les multiples arrêts boisson ne parviendront pas à raviver celles-ci.
A Tournon d’Agenais, sur une chaussée en travaux j’enregistre une crevaison, par pincement, de la roue arrière.
Fourbus et saturés par la succession apparemment sans fin de côtes nous sortons la carte pour y chercher, à l’analyse du parcours résiduel, quelques motifs d’espoir.
Lafrançaise correspond à la fin des difficultés, mais nous sommes morts. D’un commun accord, faisant fi du retard accumulé, 50 Km environ, nous décidons de faire étape à Montauban. Le réveil du lendemain sera ajusté en conséquence.
Vers 22h30 repus et recrus nous mettons au lit dans un hôtel du centre ville.
Etape 4, mardi 28 juin, 03h30-18h45, 265 Km
Montauban, Lavaur, Puylaurens, Revel, Castelnaudary, Limoux, Quillan, Axat, Estagel, Perpignan.
La sonnerie du portable nous sort du lit. Dur !
Pour cette dernière étape on ne part pas le ventre creux, au menu, boite de pâté Hénaff -« le pâté du mataf » comme on dit en Bretagne- transporté depuis Brest, un bout de baguette, une orange.
Après quelques égarements sur la rocade nous finissons par trouver la départementale longeant le Tarn.
Si les orages annoncés n’ont pas éclaté par contre des coups de vent se sont produits durant la nuit.
Morceaux de bois et branches tombés des arbres parsèment le bord de la chaussée, il faut rester vigilant.
A Saint Sulpice nous trouvons du café mais pas de croissants.
Celà n’altère pas notre cadence qui ce matin se révèle tout à fait correcte.
Notre itinéraire rejoint, à Saint Paul Cap de Joux, celui emprunté lors d’un Dunkerque –Perpignan, évoluer sur des routes connues représente toujours un petit avantage.
Nous pointons à Revel sur les coups de 9h00.Il nous reste 12heures pour effectuer 160 Km, tout baigne d’autant plus que la température a baissé.
Des tressautements de plus en plus prononcés affectent ma roue avant, je m’arrête pour en identifier l’origine.
Damned ! Le pneu, encore un Erilium, part en biberine, un renflement prospère et la toile commence à se défaire.
C’est le 3ème pneu sur les quatre mis neufs au départ qui foire.
On peut déplorer que la maison Michelin ait commercialisé un tel modèle, semblable extérieurement à l’ancien, mais sans la qualité.L’acquéreur non averti, qui n’a pas remarqué la mention en très petits caractères « made in Taîwan » au lieu de « made in France » en gros caractères se trouve floué.
Au fond de son modeste magasin un sympathique marchand de cycles fait de la résistance à Castelnaudary.C’est le dernier Mohican vélociste de la ville.
Il me dégotte un bon Bertin français et me le monte en lieu et place de la daube asiatique. Je lui achète également un pneu pliant de secours.
L’informant que nous devons être à Perpignan avant 21 heures il nous répond « Vous y serez messieurs » et d’ajouter « vous allez vous régaler ».
Forts de cette perspective nous repartons sous un ciel aux tendances orageuses générant par moments des bourrasques inattendues et quelques gouttes de pluie.
En toute sérénité nous déjeunons sur la place centrale de Limoux.
Nous essuyions la première averse, fort modeste, de notre parcours, dans la traversée de Quillan.
La montée du col de Campérié ne constitue plus qu’une formalité avant de dévaler sur Perpignan.
Après le dépôt de l’ultime carte contrôle à Estagel on se paie un coup à boire.
Le revêtement de petit col de la Dona demeure toujours aussi rugueux, la décharge « contrôlée » au delà du sommet a par contre été fermée, mettant un terme à la noria de camions qui l’alimentaient.
A 18h45 le coup de tampon de la D.D.S.P de Perpignan achève d’agrémenter notre 3éme et dernier carnet de route.
« Pas mécontent d’arriver » tel sera mon unique commentaire de l’instant.
Jean Jacques Tréguer
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Diagonale Menton – Hendaye
17- 20 mai 2004
992 Km
Équipage:
- Robert Isoard, 62 ans, CC Gap
Randonneuse légère Follis, roues 700x23, plateaux 50-40-30 pignons 12-13-14-15-16-18-20-22-25
1 sacoche de guidon ,1 sacoche fixée à la selle
- Tréguer Jean Jacques, 61ans, CCGap
Randonneuse Bouquet, roues 700x23, plateaux 52-42-28, pignons 15-17-19-21-23-26
1 sacoche de guidon, 1 sacoche sur porte bagage arrière
Etape 1, lundi 17 mai, 05h00-20h30, 298Km
Menton, Nice, Grasse, Draguignan, Salernes, Rians, Charleval, Mouriès, Arles
Après un petit déjeuner à base de Nescafé soluble dans l’eau chaude du robinet et de madeleines de Commercy, c’est par une douce température que nous gagnons le commissariat de police.
Des voitures rentrent de patrouille au moment où nous enfourchons les machines.
A allure modérée nous attaquons la montée vers la Turbie où se situe le premier contrôle carte postale.
La traversée matinale de Nice emprunte la piste cyclable de la Promenade des Anglais. Quelques joggeurs battent le bitume, d’autres lève-tôt font pisser les chiens.
Sac de nœuds routiers à la sortie de Cros de Cagne,pas d’indication de la direction Grasse ,après franchissement à pied de terre- plein il faut exhumer la Michelin pour se remettre dans le bon sens.
La longue montée vers Grasse s’accompagne d’un trafic de plus en plus prégnant. La ville elle-même étouffe déjà dans les embouteillages, dont nous nous jouons par de savants slaloms.
Le soleil nous fait sortir la tenue d’été pour affronter les multiples pentes agrémentant le parcours vers Draguignan.
Le souffle chaud des camions s’approvisionnant dans les carrières de la région nous caresse l’échine.
11h15, contrôle rafraîchissement à Draguignan, le plan de marche est respecté, nous projetons le casse-croûte à Salerne.
A 13h00, Opinel en main ,sur la place du village, nous ferraillons avec les tranches de jambon et de saucisson.
Quelques applications de crème solaire, les fessiers pommadés, la route reprend ses droits.
Peu après Varage voici Jean Paul Dréno venu à notre rencontre.En dépit d’un 200Km Audax effectué la veille en tant que capitaine de route il affiche une pédalée aérienne. Tout en roulant, nous discutons le bout de gras.
Pause rafraîchissement à Jouques, Jean Paul n’ignorant pas mes origines sort des parts de gâteau breton. Que voilà un produit qui vaut toutes les barres énergétiques de la création, il nous gratifie en sus d’une pâte de coing maison à consommer plus tard, quand nous ferons dans le dur. Nous nous séparons peu avant Puy Sainte-Réparade
Contrôle à Charleval, coca glacé pour moi, grand crème pour Robert, chacun ses habitudes n’est ce pas.
Nous filons désormais bon train en longeant les Alpilles.Au bout de la ligne droite d’Aureille une voiture à l’arrêt et son conducteur qui fait des grands signes, il s’agit de Bernard Vianès d’Istres.Il n’est pas venu les mains vides, du coffre il sort les boissons fraîches et les petits gâteaux.Quelques minutes d’arrêt, qui paraissent toujours trop courtes quand on rencontre un ami, et nous remettons les gaz vers Arles.
A 20h30 nous investissons l’hôtel « 1ère Classe », cette nuit nous partagerons la chambre avec nos montures.
Un excellent et copieux repas au « Restaumarché » tout proche clôture dignement une journée d’où se dégage le sentiment de la besogne bien accomplie.
Etape 2, mardi 18 mai, 05h00-20h15, 270 Km
Arles, Aigues-Mortes, Palavas les Flots, Sète, Agde, Béziers, Narbonne, Saint- Laurent de la Cabrerisse, Couiza, Espéraza.
04H00, le portable sonne le réveil.Modeste petit déjeuner avec les provisions de bord mais, quand même, du café chaud provenant du distributeur automatique de l’hôtel.
La traversée de la Camargue s’effectue dans le brouillard.Fort heureusement la route est dotée d’une belle sur largeur procurant une relative sécurité.
Au Graud du Roi nous négligeons un bar pour finalement pointer dans une boulangerie.Nous le regretterons car il nous faudra ensuite faire 30 Km et atteindre Villeneuve les Maguelonne,où une crevaison affectera de surcroît Robert, avant de pouvoir satisfaire notre envie de café.
Une pittoresque piste cyclable, serpentant autour de la route en bord de mer nous guide jusqu’à Frontignan plages.Nous évitons ainsi la redoutable Nationale Montpellier-Sète.
La traversée de Sète requiert toujours une bonne dose de sang froid.La levée spectaculaire du pont pour permettre à quelques bateaux de gagner le large aura, cette fois ci, constitué un intermède divertissant.
Enfin voici la grande ligne droite menant à Agde coincée entre la Méditerranée et l’étang de Thau. Des camping-cars déjà nombreux stationnent le long de la plage.
Nous cassons la graine au « point chaud » faisant face à la gare de Béziers.
A la sortie de la ville un insecte volant se glisse dans mon maillot et me pique, sans gravité toutefois. Alors que je me rhabille des jeunes cons en bagnole nous aspergent d’un jet d’essuie glace.
Nous contrôlons à Narbonne écrasée sous la chaleur.A Montredon nous quittons enfin l’intense trafic motorisé pour une tranquille départementale qui va nous faire traverser le massif des Corbières.
Un arrêt ravitaillement s’impose à Saint Laurent de la Cabrerisse avant d’aborder la théorie de petits mais rugueux cols qui nous attend, Villrouge, la Tranchée,Bedos.
Sous le soleil nos énergies s’érodent peu à peu. Le col du Paradis qui permet de basculer vers la vallée ce l’Aude ne nous mènera pas au 7ème ciel !
Il est 19h30 quand nous déboulons dans Couiza, et il reste 40 Km, gratinés de 2 cols, à couvrir avant d’atteindre Lavelanet terme prévu de l’étape. Eu égard à notre état de fraîcheur il n’est pas raisonnable d’envisager une arrivée avant 22h00.Les compteurs affichent 19 Km de mieux que prévu sans que nous trouvions d’explications.
Après quelques atermoiements nous décidons d’abréger l’étape, de prendre en compte un retard de 35 Km sur le tableau de marche, et jetons notre dévolu sur la maison du Chapelier d’Espéraza, un « B and B » tenu par un anglais, Andy. La cité s’enorgueillit d’un musée des dinosaures, y auraient ils quelques spécimens de diagonalistes?
Etape 3, mercredi 19 mai 05h00, jeudi 20 mai 08h35,424Km
Espéraza,Lavelanet,Foix,Saint-Girons,Saint-Gaudens,Tarbes,Pau,Mourenx,Saint-Palais,Cambo les Bains Saint-Jean de Luz,Hendaye.
Après une excellente nuit nous quittons Espéraza à 05h00. Les pentes du col des Tougnets s’avèrent fort aimables.Dans la descente sur Puivert surgissent les fières ruines du château cathare où se réunissait l’élite des troubadours.A quelques siècles d’écart ceux-ci n’auraient certainement pas manquer de chanter les mérites des diagonalistes.
Le col de la Barbourade amorce une longue et fraîche descente sur Lavelanet. Sur notre gauche la neige chapeautant les Monts d’Olme brille sous le soleil levant, superbe.La boulangère, sensible au fait que nous admirons la beauté de la région, nous offre les 2 « jésuites » (gâteau aux amandes) dont on venait de faire l’acquisition. « Elles sont belles nos Pyrénées !» dit-elle en nous remettant les carnets de route tamponnés.
Cette marque de gentillesse réchauffe le cœur, à l’issue de notre périple nous promettons de lui envoyer une carte postale d’Hendaye.
En pleine forme, nous avalons les kilomètres .Après, Foix, Saint-Girons voici Saint Gaudens qui se précise sur les panneaux.. Nous commençons à ressentir les effets de la chaleur, la cadence baisse insensiblement ,les pieds souffrent dans les chaussures,le thermomètre de mon compteur indique 35°C.Une guêpe me pique à l’intérieur de la cuisse.Il est vraiment temps que nous nous arrêtions pour déjeuner.
Plat du jour, mouton à la crème d’ail pâtes, glace, café nous remettent en selle.
En vélo, les après midi représentent en général pour moi les moments les plus difficiles. Un sentiment de saturation se fait jour qui disparaît vers les 17-18 heures. Ce sera encore le cas aujourd’hui.
La montée au plateau de Lannemezan s’effectue par grands paliers.A la lecture des noms de rivières franchies,Save,Gimone, Baïse, affluents de la rive gauche de la Garonne je revis mes leçons de géographie de la communale.La pensée s’échappe ainsi momentanément de la rude contrainte de la progression.
Pause boisson à Tournay, je descends deux baquets de coca glacé tandis que Robert reste fidèle à son grand crème.
Nous en profitons pour définir notre stratégie pour la fin de la diagonale.Pau, distant d’Hendaye de 150 Km, ne pourra être atteint avant 20h00.Au lieu de prendre une chambre pour 2 à 3 heures, autant bien se restaurer,embrayer peinardement sur la nuit et terminer en roue libre.
Dans cette perspective on passe par Tarbes centre afin d’acheter des piles pour mon éclairage.
Quelle galère pour sortir de la ville asphyxiée par la chaleur et les encombrements.Un jeune en VTT nous guidera sur la bonne route.
Deux montées et 30 Km de plat nous attendent.
Par une rocade dotée d’une impeccable surlargeur nous contournons la cité paloise.
Au terme de la rocade, Jurançon, malheureusement dépourvu de restaurant ouvert, il nous faut repiquer vers le centre de Pau.
Après quelques recherches nous finissons par trouver un fort sympathique restaurant de quartier. Y travaillent le père la mère, la fille, le gendre, deux téléviseurs attendent la finale OM- Valence. Le perroquet dans sa cage en terrasse ne s’en émeut guère.
Les hostilités s’ouvrent sur une garbure servie à la soupière.Une découverte pour Robert.Barthez, le goal de Marseille en profite pour concéder un penalty et se faire expulser.
Suivront charcutailles diverses, grillades, fromages salade de fruits et café.
Bien lestés il est 22h30 quand nous nous mettons en configuration nuit.
Les plats 25 Km menant à Mourenx sont digérés en guère plus d’une heure.Nous emportons la magnifique et quelque peu inquiétante vision des « arbres de noël » illuminés des usines chimiques de Lacq.
Quelques sévères coups de cul marquent la sortie de Mourrenx, bizarre, je ne sens pas l’affaire.Un point s’impose.A la lueur d’un lampadaire nous consultons la carte, quand un chien se met à gueuler dans le jardin tout proche. Son propriétaire émerge à la fenêtre de sa chambre.
« Qui va là ?
On cherche la route de Navarrenx.
A droite direction Vielleségur et maintenant partez ! ».
Nous vérifions longuement sur la carte sans parvenir à nous situer correctement, pendant ce temps le chien donne toujours de la voix. Sans certitude d’être sur la bonne direction nous nous lançons.
Route étroite, escarpée, dépourvue d’indication durant plusieurs kilomètres, on commence à s’inquiéter, finalement nous débouchons sur une route plus importante, ouf c’est bien celle de notre itinéraire de base.
Navarrenx, rond point d’entrée, on sort la carte pour finalement suivre scrupuleusement les panneaux «toutes directions» qui après un tour de patelin nous ramènent au point de départ. On en rigole et on ouvre à nouveau la carte.
Cette fois ci on franchit bien le Gave d’Oloron pour prendre en face la D115 qui sert de support au GR 65 empruntés par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle.
L’étroitesse et la qualité de la route nous amènent par endroits à rouler au pas.A Nabas des chiens jaillissent d’une cour et nous prennent en chasse, prudents nous attendrons le dernier lampadaire à la sortie du bourg pour faire le point cartographique.
Saint-Palais est atteint à 03h00,petite pause pour changer mes piles,,il nous reste 80 Km à accomplir.La route d’Hasparren que nous avions effectuée en sens inverse en 2001, à l’occasion d’un Tour de France Randonneur, a conservé toute sa rudesse.
La fatigue et le relief aidant nous oeuvrons dans le bois très dur.Nous échangeons peu, les grandes souffrances sont muettes.L’énergie nous manque.
A l’entrée d’Hasparren on mâchouille quelques bricoles, le froid nous gagne, nous nous couvrons au maximum et enfilons les gants longs.
Les kilomètres vers Cambo les Bains, paraissent interminables.Après le contrôle carte postale nous nous allongeons quelques courtes minutes sur la pelouse humide au pied de la boite aux lettres.
Il reste 54Km à accomplir, une rigolade en temps ordinaire, un chemin de croix aujourd’hui.
Le jour se lève et je découvre la beauté du pays basque.Une belle côte pimente l’accès à Espelette.Par moment et de manière fugitive j’ai l’impression que le coup de pédale se raffermit.Probablement l’envie de dormir qui s’estompe peu à peu.
Un solide café,quelques croissants et ça pourrait repartir.
A Saint Pée de Nivelle nous trouverons les croissants mais pas le café.
Néanmoins on se sent mieux, nous croisons des cyclistes légèrement vêtus alors, qu’équipés comme en hiver, nous avons froid.
A Saint Jean de Luz nous nous engageons sur la corniche basque.La vue de mer, l’air du large et la proximité de l’arrivée nous donnent maintenant du cœur à l’ouvrage pour affronter les raidillons agrémentant le parcours.
Nous débouchons dans Hendaye par la rue Santiago au bas de laquelle se situe le commissariat de police.
Le policier en nous remettant les carnets nous souhaite bonne route. sans doute pensait il que nous allions sur Menton !
Faut croire que nous présentions encore un certain état de fraîcheur résiduel que pour notre part ne nous ressentions pas, ou plus sûrement qu’il ne nous avait pas bien regardés.
Jean Jacques Tréguer
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La veille du départ à Menton
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Soins des pieds entre Sète et Agde
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La pose finale devant le Siantago
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